La victime le plus récente de la grippe aviaire chez l'homme due au virus H5N1, un enfant de seize mois à Dacca, qui est le premier cas confirmé au Bangladesh, fait passer le nombre total de ces cas depuis 2003 à 383, dont 242 décès.
L'enfant a survécu, et la propagation de la grippe aviaire chez l'homme semble se ralentir dans la plupart des pays, mais le virus fait encore un grand nombre de victimes chez les oiseaux sauvages et chez les volailles. Selon un rapport de
l'Organisation mondiale de la santé animale, dont le siège est à Paris, 61 pays ou territoires ont signalé des cas de grippe aviaire dus au virus H5N1 chez des volailles ou des oiseaux sauvages entre 2003 et mai 2008.
À la fin du mois de mai, indique
le rapport, « 12 pays ou territoires avaient signalé la réapparition du virus H5N1 après son éradication antérieure, ce qui indique que le virus continue de se propager ».
Selon ce rapport, aucune autre épizootie n'a duré aussi longtemps ni ne s'est propagée autant et aussi rapidement. Toutefois, le H5N1 n'est pas le seul sous-type du virus de la grippe aviaire qui puisse faire peser une menace de longue durée sur les oiseaux sauvages et les volailles ainsi que sur l'homme.
Un microbiologiste éminent du Centre d'épidémiologie des États-Unis (Centers for Disease Control and Prevention ou
CDC), M. Terrence Tumpey, a déclaré à America.gov que les sous-types H5 et H7 étaient très meurtriers chez les volailles.
« Dans ce groupe, a-t-il dit, il existe des formes peu pathogènes, mais elles peuvent aussi muter pour devenir très pathogènes et par voie de conséquence meurtrières pour les volailles. Comme on le sait, ce sont des virus du sous-type H5N1 en Asie qui se transmettent de la volaille à l'homme. »
Le sous-type H5N1, a-t-il indiqué, a fait l'objet d'un grand nombre de travaux de recherche dans le monde entier, mais on connaît beaucoup moins les possibilités de transmission du virus H7 chez l'homme et les possibilités de déclenchement d'une pandémie dû à ce virus.
Avant 2002, seuls quelques cas de grippe causée par le virus H7 chez l'homme avaient été signalés, mais depuis lors plusieurs foyers d'épidémie chez les volailles sont apparus aux États-Unis (H7N2, un seul foyer), au Canada (H7N3), au Royaume-Uni (H7N2) et aux Pays-Bas (H7N7), ce qui a provoqué 100 cas de grippe due au H7 chez l'homme et un décès.
Une étude réalisée par M. Terrence Tumpey, Mme Jessica Belser et d'autres chercheurs et publiée le 27 mai par l'Académie nationale des sciences décrit comment certains virus H7 en Amérique du Nord ont acquis des propriétés qui ressemblent étroitement à celles des virus de la grippe humaine et qui pourraient se transmettre à des animaux qui n'ont pas d'immunité contre ces virus.
Les trois types du virus de la grippe
Il existe trois types de virus de la grippe : A, B, C. Ces virus peuvent se transmettre à l'homme, aux oiseaux, au porc, au phoque, à la baleine et à d'autres animaux, mais ce sont les oiseaux sauvages qui sont leur hôte naturel. Les virus de type A mutent beaucoup plus rapidement que ceux des types B et C. Ils se répartissent en sous-types en fonction des deux protéines qui se trouvent sur leur surface : l'hémagglutinine (HA) et la neuraminidase (NA).
Il existe 6 sous-types HA et 9 sous-types NA, et ces sous-types sont nommés suivant leur protéine de surface HA ou NA. Les lettres H et N figurant dans le nom des sous-types tels que H5N1 et H7N2 représentent ces protéines.
Dans l'organisme, les virus de la grippe se fixent sur des cellules hôtes de l'appareil respiratoire lorsque la protéine HA du virus se lie aux acides sialiques de la cellule hôte qui peuvent être de type alpha 2-3 ou de type alpha 2-6.
Selon cette étude, les virus de la grippe aviaire ont une grande affinité pour les acides sialiques de type alpha 2-3, tandis que les virus de la grippe humaine se lient de préférence aux cellules porteuses d'acides sialiques de type alpha 2-6. Les 3 virus de la grippe qui ont causé une pandémie en 1918 (H1N1), 1957 (H2N2) et 1968 (H3N2) avaient chacun d'eux une protéine HA qui se liait de préférence aux acides sialiques de type alpha 2-6. Il en est de même pour les virus de la grippe saisonnière.
Le virus H7
Sur le plan de l'évolution, a indiqué M. Tumpey, « le virus de la grippe aviaire est heureux de vivre dans l'appareil digestif des oiseaux migrateurs et de se lier aux cellules porteuses d'acides sialiques alpha 2-3. On peut penser de sa transmission à l'homme comme une erreur. Nous sommes considérés comme des hôtes aberrants parce que le virus coexiste dans l'appareil digestif des oiseaux migrateurs et que les problèmes commencent lorsqu'il en sort. »
Quand le virus de la grippe aviaire commence à contaminer de nouveaux hôtes comme des volailles, il peut muter. Quand il se transmet à l'homme, il peut muter de nouveau.
« Le virus fait des erreurs lorsqu'il se reproduit », a expliqué M. Tumpey, et si sa mutation est importante, il peut se transformer en virus qui se lie aux cellules porteuses des acides sialiques du type alpha 2-6 présents surtout dans la partie supérieure de notre appareil respiratoire. L'homme a très peu d'acides sialiques du type alpha 2-3. Si donc un virus décide de changer de récepteur et qu'il reconnaît les acides sialiques de type 2-6, nous pensons qu'il est susceptible de se propager plus facilement. »
Dans leur étude, M. Tempey, Mme Belser et leurs collègues ont examiné les propriétés des virus en ce qui concerne les acides sialiques de type 2-3 et 2-6 et ont utilisé des furets pour voir comment le virus H7N2 pouvait se propager d'un animal contaminé à un animal non contaminé. Ils ont découvert que le virus pouvait se transmettre lors de contacts directs, ce qui laisse penser que les acides sialiques de type alpha 2-6 sont un élément essentiel de la transmissibilité des virus de la grippe chez l'homme.
Cette découverte est importante parce que les sous-types de la grippe aviaire, dont le H5N1, se transmettent uniquement lors de contacts directs et non dans l'air ambiant.
La plupart des chercheurs, a dit M. Tempey, estiment que cette caractéristique doit changer et que le virus doit pouvoir se transmettre facilement dans l'air ambiant d'une personne à une autre pour causer une pandémie.
Il est nécessaire, selon lui, de poursuivre les travaux de recherche avant de pouvoir évaluer dans quelle mesure le virus H7 pourrait déclencher une pandémie.
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Rédactrice
Cheryl Pellerin
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USINFO, Département d'État des États-Unis